Rebeuss : Une prison sans porte de sortie

Dakarmatin


Rebeuss : Une prison sans porte de sortie
L’Autorité d’Etat a le devoir d’infliger des peines proportionnées à la gravité des délits et des actes criminels commis dans le pays, selon les règles en vigueur. Elle a la double tâche de réprimer les comportements qui transgressent la loi et de remédier, par le système des peines, au désordre causé par l’action illégale ou meurtrière.

 Seulement, ceux qui croupissent en prison sont soumis à des pénalités coercitives souvent justes, mais parfois injustes. Et ils y sont nombreux et fourmillants. C’est pourquoi, celle de Rebeuss est aujourd’hui démesurément surpeuplée avec des conditions de réclusion extrêmement insoutenables, même pour un ruminant.

 Cette prison n’est d’ailleurs même plus une Maison d’Arrêt et de Correction. Elle est ressemble plutôt à une garderie d’animaux, transformée en lieu de détention.

 Mais autant l’Exécutif a une lourde responsabilité dans cette situation, autant la Magistrature a la sienne. Dans un Etat de droit, le pouvoir d’infliger une peine lui appartient.  Et cette peine ne sert pas seulement à appliquer une loi, préserver les règles juridiques établies, défendre l’ordre public et garantir la sécurité des citoyens. Elle est un instrument de correction du coupable, mais une correction qui ne revêt une valeur morale de sanction que si elle est juste.

 Or, un Magistrat est un être humain. Il peut bien se tromper. Il aurait alors été normal que la législation établisse une indemnisation équitable pour les victimes d’erreurs judiciaires car elles ne manquent pas. Est-il normal, par exemple, qu’une personne attende au moins cinq ans un jugement qui aboutit à un verdict d’un an d’emprisonnement  ou même à un acquittement ?

 Ce qui est indubitable, c’est que le zèle de certains Magistrats dans leur souverain pouvoir de décision qui aboutit à  des verdicts parfois excessifs et  le retard des jugements qui provoque de longues détentions sont parmi les  causes du surpeuplement des prisons, particulièrement de celle de Rebeuss.

 Le surnombre, les longues détentions, les tragiques conditions de séjour carcéral et la violence de certains gardes pénitentiaires, sont particulièrement les motifs principaux de la triste et émouvante mutinerie survenue dans cette prison de Rebeuss, une mutinerie qui s’est soldée par la mort d’un détenu.

 La réclusion dans cette prison est identique à une sinistre et mortelle expiation. Quelle que soit la faute commise, les conditions de séjour y sont barbares et ne favorisent point une prise de conscience, mais plutôt un traumatisme névrotique. Et à cette tragédie se joint la violence primitive que les gardes pénitentiaires eux-mêmes se délectent à faire subir aux détenus.

 Et puis, il n’existe au Sénégal aucune prison d’où est possible, à la fin d’une purge, une réinsertion sociale. Celle de Rebeuss particulièrement a une porte d’entrée. Mais métaphoriquement, elle n’a pas de porte de sortie.

 Si certains de ceux qui y purgent une peine de plusieurs années  finissent par  mourir, d’autres en attente de jugement y sont généralement oubliés dans des cellules extrêmement surpeuplées et étroites où l’insalubrité effroyable a des effets humainement destructeurs.

 La mutinerie qui a eu lieu dans cette prison n’est que le résultat d’une injustice qui altère la justice elle-même en poussant les pensionnaires à se donner la légitime liberté d’exprimer leur exacerbation contre un système carcéral qui viole les principes du droit naturel.

 Qu’on le veuille ou non, la lenteur des procès, les longues détentions, les misérables conditions de séjour carcéral au Sénégal sont intolérables non seulement pour les détenus, mais aussi pour leurs familles. Et cela ne finit que   par transformer une décision de justice en injustice.
Auteur : Dakarposte.com

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